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 Raoul

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Raoul

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Messages : 27
Date d'inscription : 04/04/2011

MessageSujet: Raoul    Ven 15 Avr - 17:36

Surnom : Raoul
Prénom : Ralf

(Du préfixe rad qui signifie « conseiller » et du suffixe wulf qui signifie « loup » (symbole de la force et du guerrier). Ralf, forme scandinave de Radulf, peut se prononcer « Raoulf ».)

Age : 28 ans
Sexe : Masculin
Race : Humain

Apparence physique :

Certes grand, Raoul est aussi ce que l’on fait de plus sec. Un homme efflanqué, au blond filasse, que le poil rare et hirsute de sa barbe ne vieillit pas beaucoup. Ses cheveux, ses cheveux… il se les coupe lui-même quand ils lui tombent devant les yeux. Ceci pouvant expliquer pourquoi sa coupe n’est pas un standard de symétrie.

A ces premiers détails viennent s’ajouter plein de petits autres qui lui assurent un aspect bestial et qui le rendent ni très attirant, ni très charismatique.

Ses arcades légèrement proéminentes donnent l’impression qu’il fronce en permanence les sourcils. Les yeux qu’elles surplombent sont d’un gris dur et froid qui inspire un cynisme et une cruauté impénétrables. Tout ceci est vraiment… intimidant. Et c’est tant mieux pour lui, ça lui a rendu de nombreux services. Si tout le monde était au courant que son regard ne cache rien d’autre que de l’incompréhension, on le craindrait tout de suite beaucoup moins.
Il doit en grande partie à son hérédité sa peau sensible et son visage un peu rougeaud.

Ce qui parfait sa bestialité, c’est sa tendance à ne jamais se tenir droit, à prendre des poses singulièrement confortables, mais aussi son autre tendance à marcher voûté. Un mélange inimitable de nonchalance et de sauvagerie.

Côté potentiel physique, Raoul s’en sort pas si mal. Il est étrangement un homme des plus vigoureux qui se fassent. Ce dont on doute, quand on voit qu’il n’a que la peau sur les os. Mais à y regarder de plus près, ses fins et risibles muscles sont nerveux au possible et lui assurent une force redoutable (pour sa carrure). Autant dire que contre des enfants du même gabarit, il ferait un carton.
Bon… sans être des plus forts, il jouit par contre d’une constitution quasi-légendaire ! Elle a été éprouvée par une enfance à poil dans la neige, par plusieurs noyades, par des mois de disette… et bien sûr, par la douce prévenance de ses pairs. Voilà quelque chose qu’on ne saurait lui enlever.

Côté fringues, il ne change pas bien souvent de tenue, n’étant pas ce qui se fait de plus riche sur Clavinia. On pourrait résumer sa garde-robe à des habits passés, souvent d’occasion et décolorés, pas souvent à sa taille. Il se trimbale aussi bon nombre d’accessoires aux fonctions multiples et à l’esthétique contestable.

Description du caractère :

Bourrin.

S’il avait besoin que d’un mot d’un seul, bourrin ce serait. Toutefois, comme nous sommes vous et moi conscient que cela n’est pas suffisant… étoffons un peu.

Pourquoi bourrin ? Raoul est long à la comprenette, c’est un fait. Sans être une conche, il n’est pas des plus rusés. De plus, ce qui vous sembler logique a peu de chance de lui être, et ce qui lui est logique ne le sera pas souvent pour vous. C’est dans ces moments-là que vous direz que sa mère a vraiment dû faire un échec critique OMG, c’est pas possible autrement ! Sérieusement !
Mais gardez votre fiel pour vous… on dit que c’est « c-u-l-t-u-r-e-l » quand on est poli.

Raoul est très fermé à l’opinion des autres. Qu’il s’agisse de chapelets d’insultes bien grasses ou d’aimables et pédagogues tentatives de lui expliquer comment on fait les enfants, il ne les prend pas en compte. Quoi de plus normal… ils se trompent forcément, ce sont des étrangers.
Son degré ouverture d’esprit explique en grande partie le fait qu’il jouisse d’une confiance en lui absolue.

Ensuite, il serait bourrin parce qu’il est un de ces sages philosophes qui pensent à juste titre que si on pouvait toujours aller tout droit, ça serait mieux.
Que si on pouvait avoir tout TOUT DE SUITE (mais pas seulement du boire et du manger), ça serait mieux.
Que si tout pouvait se régler par la baston, ça serait mieux.
Que si les hommes étaient plus virils, ça serait mieux.
Et surtout, que si les femmes étaient plus viriles, ça serait vraiment mieux !

Ah ça… c’est son contact avec les « étrangers » qui l’a mis dans cet état. Il était bien moins conservateur avant. On pourrait en profiter pour placer le fait qu’il considère tout le monde comme des étrangers, alors que c’est lui… l’étranger. C’est fou, non ?

Les revendications au sujet de la virilité, tout ça, ça ne concerne que les « étrangers ». Les hommes et les femmes de chez lui sont comme il faut. Mais ne sachant pas comment y retourner, il a fini par accepter qu’il devrait s’accommoder aux « efféminés » (bien qu’il ne les appelle pas littéralement comme ça vu que ce n’est pas une tare d’être une femme dans son pays).

Donc oui, les « non-virils ». Il s’agit de ces hommes minces et imberbes, au poil noir sur la tête (berk), qui ne combattent jamais tout nu dans la neige et de ces femmes toutes frêles qui font de l’élevage d’enfants. Raoul les méprise. Mais il méprise à plus forte raison tout ce qui n’est pas viril : meuble comme nourriture, homme comme animal. Vous vous doutez donc bien qu’il a du mal à sympathiser avec le commun des gens. Et bien ce n’est pas tout. C’est pire encore avec les femmes sensuelles et féminines, les malades et les estropiés en tout genre, mais aussi avec les enfants et le mobilier (ça fait décidément très tarlouze les commodes, tout compte fait).
Autant de choses qui le révulsent.

Tout doit selon lui faire honneur à la terre-mère par sa virilité, même si la chose en question est très très très loin de la terre-mère…

Ceci mis à part, il reste encore des choses à dire, peut-être plus concrètes.

Si Raoul n’est pas très expressif de visage, il l’est beaucoup plus à travers sa gestuelle. Qu’il soit en colère, qu’il ait faim ou qu’il s’ennuie : il ne manquera pas de le faire savoir. Difficile pour lui de cacher grand-chose, il est transparent comme du diaphane.

Raoul est comment dire… un peu beaucoup cleptomane, grisé qu’il fut par la découverte de la propriété. A son arrivée dans « le grand monde », s’il a bien une chose qu’il intégra vite, c’est que personne ne lui en voudrait de posséder des choses à lui. Bien au contraire ! C’est « normal » ! Par contre, il a du mal avec le fait que les autres jouissent aussi de ce droit (bien que ça commence à rentrer : le fouet et les travaux forcés sont très pédagogues).
Mais ce n’est pas tout.
Il a aussi du mal à donner le « juste prix » à un objet, traînant avec lui des choses d’une valeur très hétérogène. Vous pouvez facilement l’escroquer.

Très superstitieux, il a aussi tendance à s’expliquer beaucoup de choses par l’intervention de mauvais esprits. Encore une fois, c’est culturel.

Et pour finir, on pourrait noter que Raoul n’a pas beaucoup d’humour. Bien que distrait, il garde un naturel sérieux qui non content de lui rendre parfois service, le met souvent dans la panade. Un flegme qui fait souvent croire aux gens qu’il se moque d’eux.

Qualités et défauts :

La description faite jusque-là de Raoul n’est pas nécessairement flatteuse, puisque abordée sur un ton très badin. Peut-être est-ce en partie représentatif de ce qu’il serait, mais sûrement faut-il nuancer avec d’autres aspects du tout qu’il peut former. Non ? ^^ Oh si, allez, encore du Raoul.

Certes il est bête, intolérant, bizarre, sauvage, indifférent, cleptomane, sale, déloyal… et il parle mal la langue…
Mais il ferait tout de même un compagnon de choix.
Son désintérêt est un cadeau du ciel puisque jamais il ne pensera à vous fouler ou à vous faillir s’il vous estime son égal. Et ce tant bien même où vous vous feriez du fric sur son dos ! Bon, toutefois, c’est sûr qu’il faut réussir à le faire adhérer à votre cause, mais ce n’est pas si dur. Aventure ! Voilà un mot qui saurait le faire vibrer comme une donzelle.
Il est aussi d’un Courage et d’une Ténacité infaillibles ! (A tel point qu’elles méritent un point d’exclamation et des majuscules). Vous pouvez aussi appeler ça de l’Inconscience.
Rompu à l’art du combat de multiples et encore incomprises façons, il saurait se dépêtrer (et à plus forte raison vous dépêtrer) de bien des situations. Dans cette catégorie, on pourrait aussi le dire très débrouillard, formé qu’il est au bricolage et à la survie en milieu hostile (non-citadin/non-marin, entendons-nous là-dessus). Tout nu dans la jungle, il s’en sortirait, mais pas vous. Voilà pourquoi il peut être bon de s’en faire un ami.
Sinon, il pourrait aussi être le parfait confident : celui qui jamais ne se moque et toujours écoute. Oh, quel homme… Bon, normal, il ne vous comprendrait pas. Donnez-lui à manger et il acquiescera à toutes vos plaintes (si fier qu’il est d’avoir appris les bottes du hochement de tête sérieux et celle du « c’est pas faux »).
Pour finir, on pourrait dire que c’est un homme simple, honnête et honorable à sa façon. Un homme sans fioriture, sans apparat, un homme dans le « vrai » (en plus d’être un vrai homme).

Alors, vendu ?

Thèmes musicaux : Eluveitie [Metal Folk] / Matmatah [Rock Celtique]

Histoire :

[Il n’est bien entendu pas nécessaire de lire ce qui git à la fin de la page pour se faire une idée de son île (d’autant que si vous êtes déjà arrivés jusque-là, merci !). Imaginez-vous simplement du nord, de la neige (parfois), et ce à quoi pourrait (pour vous) ressembler les vikings.]

Cette histoire commence sur une île, très très loin de Clavinia. Une île où les hommes sont grands et blonds, et où les femmes sont grandes et blondes. Cette île porte de nombreux noms, tous plus inventifs les uns que les autres. Pour le Gouvernement, il s’agit de « la grande île du nord », et pour les gens qui y habitent, il s’agit de « Daausen es Rinaaur », « la terre (maison) des enfants de la Terre » en langue commune. Ce qui est super classe.

*prend un ton de conteur, genre une fausse voix usée avec une diction lente et emphatique*

***
Il y a vingt-huit ans de cela naissait au cœur d’un des pires hivers un poupon faiblard, un peu sec et pas trop criard, pour ne pas dire sage. Il n’avait ni l’air en bonne santé, ni très vigoureux. De ce fait, le clan de l’Utmanulg l’avait pour ainsi dire mis en file d’attente, prêt à s’en débarrasser si le froid venait à redoubler. (L’Utmanulg est un mélange entre un gros chien et un gnou. Tout le monde sait ça voyons).
Il est difficile d’allouer une femme à un enfant qui n’aurait que peu de chance de grandir et d’être utile au clan, d’autant « qu’allégée », elle pouvait retourner à la chasse ou à la pêche avec les autres et y être pleinement utile. Bref. Le clan n’étant pas dans son âge d’or, chaque bouche étant un triste fardeau en cet hiver rigoureux. La mère du nourrisson sans nom dû se résoudre à s’en débarrasser (à contrecœur, si ça peut vous la rendre plus sympathique) en sachant l’abandonner à la merci des mauvais esprits et du froid.

Toutefois, heureusement ou malheureusement, un homme vint ce jour-là. Un homme que les membres du Clan de l’Utmanulg avaient déjà croisé aux fêtes qui se faisaient deux fois l’an dans cette région du monde. Ce colosse au crâne rasé et à la barbe en tresses blondes qui était toujours torse nu, c’était Karl. Et karl, c’est le nom qu’on donne aux « hommes libres », aux hommes sans clan. Aux proscrits. Toutefois, pas de risque qu’il soit confondu avec d’autres potentiels parias, ce karl-là, c’est Karl avec une majuscule. Adulé pour sa force et sa virilité, méprisé pour son côté fouille-merde et profiteur d’hospitalité, il fut tout de même accueilli, avec les maigres moyens du bord. Sachant que le clan était dans le creux de la vague (ou alors se sachant lui-même pressé de s’en aller), Karl refusa leur nourriture d’un simple hochement charismatique de tête, ce qui ne manqua pas de les énerver. Ça ne se fait pas. Alors que l’incompréhension et le fiel commençaient à se faire palpables, Karl aperçu en dehors du cercle de ses interlocuteurs énervés une jeune femme, pleurant à chaude larmes, se dirigeant seule vers la steppe enneigée. La voir bravant les congères avec son bébé inerte contre son sein ne put que faire vibrer son égo viril surdimensionné et sa piété envahissante. Il pourrait sûrement la réconforter de façon virile.

Plantant ses hôtes, il s’en alla la rejoindre. Dix minutes de filature plus loin, il put enfin lui demander comment ça pouvait aller, avec toute la douceur et la sollicitude dont pouvait faire montre quelqu’un d’aussi rude. Ce qu’elle faisait n’étant pas déviant en ces temps implacables, elle n’en eut pas vraiment honte quand elle lui dévoila son désarroi.

Et c’est là que quelque chose noua le ventre du grand, du vaillant, de l’effrayant Karl. Ce petit machin dans ses lambeaux de fourrure venait d’éternuer. Et il trouvait ça mignon. Virilement mignon.
D’un flegme redoutable, il n’en laissa rien paraître. (C’est une légende après tout.)
Celle qui fut sûrement la plus perturbée dans cette histoire, c’est la mère. Karl se proposa d’adopter le gamin, sur le même ton qu’on prendrait pour proposer un échange de bottes contre des saucisses.
Et en effet, elle en fut très bouleversée.
Elle ne savait pas vraiment quoi répondre, jeune et inexpérimentée, pressée par le clan pour que son premier né soit abandonné. Elle ne répondit d’ailleurs rien. Karl lui assura qu’à ses côtés, il vivrait, non content d’avoir un jour un nom : comme les héros.
Sachant combien ce serait une décision difficile à prendre, il lui facilita la tâche en fourrant le bébé dans une poche de son pantalon en fourrure. En guise d’adieu, il lui laissa la carcasse fraîche d’un Utmanulg blanc géant de mille deux-cent livres qu’il traînait depuis deux jours derrière-lui. Joignant ses mains et celles de la jeune femme, il adressa une prière à la Terre-Mère pour sceller son engagement.
Rayonnant de l’intervention de ce dévoué héros, elle ne put que le remercier.

***
Ah ça… quel homme fort, quel homme généreux ce Karl. Puis qu’est-ce que c’est pratique les légendes, on peut rajouter ce qu’on veut pour que ça fasse sympa.

Pour faire bref il reprit la route, laissant la jeune femme plantée aux côté d’un cadavre de chien-gnou de mille deux-cent livres, faisant cap vers nulle part, comme à son habitude. Pendant plusieurs années il nourrit l’enfant avec le lait d’une biche-chèvre (Sigotn) dressée pour l’occasion, jusqu’à ce que l’enfant soit en âge de tenir une lance pour chasser.

Si Ralf ne s’était pas contenté de cette version édulcorée de sa naissance, il aurait peut-être pu savoir qu’en réalité Karl l’avait volé gamin à sa mère en lui tapant dessus, vers ses 4-5 ans, dans un village tout à fait bien portant. Et même pas dans celui du chien-gnou… Quoi qu’il en soit, séparer le vrai du faux dans son histoire est plutôt difficile, d’autant plus que Karl n’est plus de ce monde au jour d’aujourd’hui. Il l’a tout de même élevé ce gamin, non ? Il devait bien avoir ses raisons. Et désormais, il ne pourrait que difficilement lui escroquer un semblant de vérité. Cela ne le tourmentant pas plus que ça… il se contente de raconter l’histoire ci-dessus.
Comme la plupart des « enfants de la terre », il vit l’instant présent. Lui encore plus que les autres.

Si l’on occulte cette trouble petite enfance, il n’y a que peu de doute sur ce qui suit. Le jeune garçon a bien vécu en chasseur vagabond, avec pour compagnon une version de Karl très proche de celle de la version contée, en sûrement un poil plus rustre. Plus qu’un père, il fut pour lui un Guide.

[Sur cette île, le peuple qui y habite est composé de centaines de clans de taille variable. Ils ont une culture matrilinéaire homogène, dans laquelle ils ne reconnaissent pas la vertu co-fertilisante de « l’huile de rein » des messieurs. Il en découle par exemple que les enfants n’ont pas de père, mais qu’ils sont en contrepartie socialisés par tout le reste du clan. Il en découle aussi par exemple que le pouvoir de la mère, celui donner naissance, exerce une importante fascination qui a façonné les croyances.]

Et bien dans le cas du jeune garçon, son clan, c’était Karl. Voyez donc quel exemple il suivit pendant vingt bonnes années. Karl fut très fier de lui, ah ça oui. En héraut auto-proclamé des valeurs de vigueur et de virilité de la religion de la Terre-Mère, Karl ne pouvait être qu’un bon professeur pour la jeunesse de son nouveau clan. (Désigné proscrit par son clan d’origine, il fallait bien qu’il se reconvertisse…)
Quoi qu’il en soit, revenons-en au petit.
Les arcanes de la chasse au très gros, de la survie et de la confection de tout et n’importe quoi s’ouvrirent vite à lui. Et malgré deux décennies de survie quotidienne et d’entraînement, il resta toujours aussi fin et sec, à la grande déception de Karl qui lui était musclé comme un titan et fort comme deux Yamegsh (rhinocéros-baleine-girafe).

A partir des onze ou douze ans du petit, Karl se prit à l’emmener deux fois l’an aux fêtes.

Pour permettre le brassage des clans, des fêtes religieuses se tiennent régionalement en des lieux précis, chaque année. Plus que de perpétuer le système de valeur, elles servent aussi à entretenir les liens sociaux interclaniques et à socialiser les gens à plus grande échelle. Ces rassemblements festifs éphémères ont une place très importante dans la vie sociale, servant à exposer la prospérité et à nouer des alliances. Il y a en général une fête avant le début de l’hiver, et une seconde aux fontes des neiges.

Et c’est dans ces grandes orgies de bouffe, de chants faux et de chair qu’il fit ses premières rencontres avec le « grand monde ». Ô combien cela pouvait être humain et chaleureux tant de gens qui forniquaient, qui se battaient, qui criaient ! Loin du silence de la steppe qu’il pensait universel, il se sentait vivant au milieu de ce bordel. Il fut tout particulièrement aux anges quand il put participer à de virils jeux d’enfants, où d’ailleurs il semblait souvent gagner. Il put aussi rencontrer toutes sortes de gens, tristes comme joyeux, hommes comme femmes. Et c’est à cette époque, à son premier contact conscient avec la mixité, qu’il en conclut que les femmes étaient des hommes avec des seins.
Mais toutefois… parce qu’il y a un mais, les autres ne furent pas si heureux de le voir que lui fut heureux de les voir. Il y avait bien quelques curieux pour le prendre en sympathie, mais la plupart s’en méfiait. Si Karl avait gagné crainte et respect de par ses haut-faits, lui, le pauvre gamin, était juste un sans-clan, un proscrit habité par un mauvais esprit. Pour ce peuple, il n’y a rien d’héréditaire. Le nom comme le respect doivent se mériter ! Quoi de plus difficile quand on part avec le handicap de ce garçon…

Les fêtes clôturées avec un semblant de sérieux religieux, tout le monde retournait sur ses terres, pour combattre virilement l’hiver ou pour profiter virilement de l’été. Et chaque année suivait le même schéma : Karl reprenait sa route aux côtés de son fils, filait vers les steppes les plus sauvages où se tapissaient les monstres les plus féroces, puis écumait les clans pour vanter ses haut-faits.
Et tout ça dans le plus grand respect de la Terre-Mère, cela va de soi.

Le jeune garçon devint homme, continuant à aller deux fois l’an aux fêtes. Après plusieurs années, n’étant plus considéré comme un étranger (bien que toujours « homme libre »), il put se lier plus durablement à certaines personnes, et même être invité à participer avec plus de zèle aux festivités. C’est d’ailleurs à cette période qu’il fut initié aux arcanes appliqués, à la finalité de la vie clanique : l’union des corps et la « fraternité ». Parce que bon, l’union des esprits tout ça, c’est déjà toute l’année…
Comme pour la chasse, il fut initié sur le tas, au sens propre comme au figuré. Et il avait beaucoup de choses à apprendre, on s’y connait bien là-bas.

Puis vint le jour où lui Karl le releva de ses fonctions.

Il était temps pour lui de vivre sa vie, désormais homme fait et parangon de virilité. Il était temps pour lui de se faire un nom, le seul objectif que pourrait avoir un homme comme lui. Sûrement était-ce impossible dans l’ombre d’un tel héros que Karl… c’est du moins comme ça qu’il lui a vendu l’affaire.
Voilà qu’il avait vingt ans et qu’il devait vivre une dure séparation. Les aurevoirs furent le plus viril possible. Il planait entre eux les émouvants souvenirs d’une vie de fraternité et de chasse, coude-à-coude devant l’épique adversité. Refoulant tant bien que mal leurs viriles larmes, ils prirent chacun leur chemin, espérant se recroiser au détour d’un sentier.

Il serait plus difficile de faire une légende de la vie du jeune homme sans-nom. Seul il s’en sortit, mais tant bien que mal, traînant difficilement sa carcasse dans les blizzards impitoyables, mangeant bien plus souvent le petit gibier que les morceaux de choix des monstres titanesques.

Après cinq ans « d’aventure », il demanda l’asile au clan d’une de ses « amies d’enfance » (avec qui il a eu deux enfants, soit dit en passant).
Il lui fallut bien un été pour retrouver sa vigueur, et c’est à partir de ce moment qu’il réussit à rattraper son image auprès des clans. Montrant qu’il pouvait abattre le travail de trois hommes et être meilleur chasseur que bon nombre d’entre eux, il fut respecté et considéré comme viril.
Quel honneur.

Et c’est là que tout commença à déraper.

Ce qui va suivre a d’ailleurs un étroit lien avec l’obtention de son nom qu’il décrocha avec courage, d’une façon tristement épique.

Le peuple des « enfants de la terre » firent leurs premières rencontres avec le Monde, et plus précisément avec son représentant incontesté : la marine du Gouvernement. Si la plupart des petits clans nomades ne les ont jamais aperçus, les plus puissants clans, ceux qui sont sédentaires et développés, ont eu l’occasion de faire affaire avec eux. Les haches au clair, bien évidemment.

La chance ne sourit pas au clan de notre héros puisque la Marine débarqua dans sa région. La diplomatie et les affaires étrangères étaient clairement inconnues de notre homme, la situation pris un tournant… j’aurais bien voulu dire « inattendu ! » ou « exclusif ! » mais on s’y attendait un peu.

La rencontre entre le clan du Oerlgurd et les colons tâtonnants fut assez sanglante. A la tête d’une équipe de chasse modeste d’une quinzaine de têtes blondes, notre homme lança l’assaut sur un camp de marines où devait bien grelotter de froid une triple douzaine d’hommes.
Quand ses frères et ses sœurs lui demandèrent quelle stratégie adopter pour la bataille à venir, il leur répondit « tout droit ». L’assurance de son ton et celle imperturbable qui se peignant sur son visage enhardirent les troupes pour chasser (au sens premier du terme) la harde de cheveux sales gémissant des mots incompréhensibles.
La logique aurait voulu qu’à 15 contre 80 (parce qu’en plus ils ne savent pas compter) ils se soient fait dérouiller. Mais étant tous et toutes des barbares rompus à des combats bien plus féroces, ils les annihilèrent.

L’effet de surprise dû à la fine et complexe stratégie du nouvellement baptisé Ralf leur assura la victoire.

Ils revinrent au camp lestés d’une vingtaine d’animaux qu’ils durent vider puis fumer. Leur chair était coriace, mais succulente, ce qui en rajouta au haut-fait de Ralf, le « puissant conseiller ».

La vie de Ralf vint à changer radicalement le jour où il se fit capturer.

Seul, il s’était « infiltré » dans un camp côtier. Alors que tout le monde le regardait, il se mit à essayer de ligoter un homme qu’il avait assommé d’un bon coup de trique. Ce qui lui sauva vraisemblablement la vie, c’est le fait celui qu’il avait désigné comme proie n’était qu’un pauvre peigne-cul.
Du coup l’affaire de « l’enfoiré de cannibale » fit beaucoup rire le « Chef », alors au camp à ce moment-là. Le « Chef » de l’expédition sur cette île n’était personne d’autre que Rickard Danielson, Oligarque, Conseiller et frère du Gouverneur.
Rickard essaya bien de lui arracher quelque information primordiale qui lui faciliterait sa mission, mais en vain. Il réussit, à la suite d’un complexe échange culturel (et viril) à lui communiquer son nom et à obtenir celui de son « invité ».

Le sauvage s’appelait donc Raoul. Quel nom typique.

Comprenant qu’il ne pourrait tirer grand-chose d’un homme qui ne parlerait pas sa langue, il décida de le prendre avec lui, et de la ramener sur le Continent aux côtés d’autres échantillons de l’île. De l’ambre, de l’ivoire, des fourrures, de l’artisanat local… et un sauvage. Quel beau panel.

Le Gouverneur en fut très content, voilà qui plairait ô combien fort à sa femme ! Toutefois, il ne parlait pas de Raoul, qui avait vomi tripes et boyaux pendant deux mois pour arriver ici. Il parlait des décorations indigènes qui semblèrent racheter le cuisant échec et les nombreuses pertes de marines en chemin.

Personne ne sachant que faire de cet homme que la femme du Gouverneur trouvait « sauvage », « inconvenant » et « inesthétique ». Il bougeait trop, il ne pouvait pas décemment servir de porte-manteau.
Rickard se proposa donc pour reprendre sous son aile son invité, lui offrant avec magnanimité des vacances dans sa résidence quaternaire, au cœur de ses vignes, tout au sud du Continent. Bien sûr… il dû mettre la main à la patte pour que puisse vivre la maisonnée. Une légère contribution d’une vingtaine d’heures par jour entre les vignes et la maison, comme le faisait l’autre vingtaine d’invités qui profitait avec lui de leurs douces vacances.

Il fut esclave pendant un mois ou deux, rien de très choquant. Raoul trouvait ça marrant, il ne se plaignait pas trop. C’était toujours moins fatiguant que son ancienne vie. La seule chose qui l’embêtait c’est qu’il faisait excessivement chaud. Il passa donc deux mois à poil, ce qui en rajouta à l’aspect dramatique de sa terrible condition servile.

Et voilà que l’on arrive à la fin de l’histoire (c’est pas trop tôt, vous pouvez le dire). Un jour débarqua plein de gens dans des grands seaux et demandèrent gentiment à tout le monde de venir avec eux. Raoul maudit les esprits d’avoir encore à subir une traversée en mer, qui le mena très très très loin de sa Terre-Mère, à Clavinia la Résistante.

Et tapatatadam… ainsi commence l’aventure.

(Les pirates, ayant à leur tête Johann Charleston Preston, n’étaient pas venus pour les beaux yeux de Raoul. Leur expédition dûment calculée avait pour principal objectif de surprendre Rickard Danielson et d’en faire leur prisonnier. Preston ne pouvant s’empêcher de faire « du social » libéra les pauvres invités en vacances dans les vignes pour leur proposer un séjour dans le sud.)

Profession : En recherche passive d’emploi

Compétences :

Maîtrise des Lances [1] : Bases offensives (1)
Rodeur [2] : Pistage (2)
Endurance [3] : Dur-à-cuire (3)

Support Background :

- La Terre-Mère et les esprits

La « Terre-Mère » incarne le monde, pour la liturgie de son peuple. Elle-même esprit, elle est l’essence de tous les autres. Ceux qui se sont accordés avec elle et qui ont fait la paix se sont incarnés sur terre, dans un réceptacle au choix de la Terre-Mère. Ils sont alors nés hommes, plantes ou animaux, dans des corps consistants.
Toutefois, il y a une dimension méritocratique et une dimension d’attente, puisque tous les esprits ne peuvent pas s’incarner, tant bien même ils seraient en paix avec la Terre-Mère. Dans leur façon de voir le monde, le peuple considère donc que dans une certaine mesure, les clans les plus nombreux (et les hardes d’animaux les plus fournies) sont les plus méritants puisque la Terre-Mère leur a « fait cadeau » de fertilité en leur accordant de nombreux esprits. Les naissances sont précieuses. Toutefois, il émerge aussi l’idée selon laquelle les clans et les hardes les plus restreintes et les plus coriaces ne sont pas déshonorées par la Terre-Mère, bien au contraire. Si elles sont peu nombreuses mais toujours vigoureuses et pérennes, c’est que peu d’esprits en attente sont assez méritants pour se voir offrir le privilège d’incarner leurs fils et leurs filles.
Les esprits en suspens depuis des éternités sont parfois jaloux et cherchent à s’incarner, sans que la Terre-Mère ne le veuille. Elle est après tout un esprit comme les autres, elle ne peut veiller sur tout. Les plus faibles des « mauvais esprits » cherchent donc à s’insinuer dans les corps des « bienheureux », pour enfin avoir une existence propre. Chez l’hôte, cela se traduit bien souvent par la maladie quand les deux esprits luttent. Les issues possibles étant le rétablissement, si le gentil esprit l’emporte, la mort quand le combat était trop acharné, un revirement de caractère vers de la perversité ou de la folie quand ce serait le mauvais qui l’aurait emporté. Les « mauvais esprits » les plus puissants n’ont pas besoin d’un corps pour avoir une existence propre, mais ces derniers sont peu nombreux. Il s’agit par exemple du Vent et de la Neige, pour ne citer que les plus considérables.

- La Société

Raoul vient d’une île de culture viking/galloise. Il s’agit d’une île à la concentration de population faible, la natalité y couvre d’ailleurs tout juste le vieillissement. Région très montagneuse, ne permettant que difficilement la sédentarisation (peu de terres fertiles). Les principaux moyens de subsistance des populations sont la chasse, la pêche d’eau douce et la cueillette. On ne compterait pas plus de 50.000 habitants pour un archipel qui ferait la superficie de la France. Ils furent jusque 300.000 durant leur âge d’or.

Il s’agit d’une « société clanique », réifiant comme craignant le passé glorieux de leur civilisation. Un passé de villes et villages, avec des clans puissants se livrant guerre, comparable à une période uchronique post viking où les jarls se seraient entretués. Certains clans entretiennent un réseau commercial interclanique comme ont pu le faire les vikings. Le commerce avec l’extérieur est le fait de peu de clan, et il est assez lâche.
Les hommes se sont adaptés à la terre pauvre comme aux rudes conditions. Les sol sont ingrats, gelés 6 mois par an.

- Les Noms

Au sujet des noms : on ne peut pas se baptiser soi-même. On n’a pas non plus de nom par défaut : le peuple ne donne bien souvent pas de nom à la naissance. Les noms désignent des statuts (chef, chaman, originaire de tel clan/région..), des attributs (grand, roux, vieux, petit, bot…) ou des qualités (courageux, puissant, habile…). La mortalité infantile est élevée et l’espérance de vie faible (rarement plus de 50 ans). Il y a une foule de noms génériques comme « l’étranger », « la femme », « le dernier né »…
Les baptêmes posthumes sont courants.
D’ailleurs on ne s’appelle pas, on se fait appeler (« comment t’appelle-t-on ? »). Il est assez rare que des gens mentent au sujet de leur nom. Premièrement, les vagabonds ne courent pas les rues, et tout un chacun croise souvent les mêmes personnes.
Ensuite, il est bien incorporé qu'on est quelqu’un pour quelqu’un.
Lors des rassemblements, on se fait donner le nom de son clan (animal, élément, dieu ou descendant célèbre…).

- Mariage et Matrilinéarité

Il n’y a pas de mariage en bonne et due forme dans cette société, bien qu’il tende à y avoir une relative stabilité des partenaires sexuels. Si le mariage ne se fait pas ressentir comme une nécessité, c’est que la vie se fait exclusivement en petits groupes, et qu’il n’y a transmission ni de titre, ni de biens. Le concept de la société de Ralf se rapproche plus à celui d’une meute ou d’une tribu : on n’a pas de propriété personnelle, tout appartient au groupe.

Le peuple arrive sans trop de mal à reconnaître la mère d’un enfant. Il suffit de consulter les plus sages et les plus avisés, pour qu’ils vous disent de qui l’enfant en question serait sorti (si la mère elle-même l’aurait oublié). Ce qui n’arrive pas souvent, ne vous offusquez pas…

La reproduction a pour eux un certain caractère divin dans la mesure où ils considèrent que les enfants sont le fait des femmes, et que l’homme n’a rien à voir là-dedans. Ce don de l’enfantement étant loué si ce n’est adulé, les femmes jouissent d’une égalité totale qui se ressent à travers les codes sociaux, en plus de transparaître dans le vocabulaire. Les mères sont les seules à jouir d’une autorité dite « naturelle » (allant de soi) sur quelqu’un. Et le quelqu’un en question est leur progéniture. Les autres rapports de domination qui structurent les clans sont plus lâches et plus contestés.
Si les chasseurs de légende comme Karl ne sont que rarement des femmes, on dit souvent pour tailler l’herbe sous le pied aux potentiels embryons de machisme que « peut-être arrives-tu à la battre aujourd’hui, mais profite-en, car dans quinze ans elle aura l’équivalent d’un clan pour te donner la chasse ».

Ah ça, leurs femmes sont fertiles, au moins autant que leurs philosophes.
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MJ

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MessageSujet: Re: Raoul    Dim 17 Avr - 3:11

Bonsoir, Raoul, sois le bienvenu sur Maynlie !

Une fiche bien menée, sur un ton pas désagréable, comportant peu de fautes et qui présente un personnage haut en couleur et prometteur, voilà qui n'est pas déplaisant, ma foi. Tu sembles désireux d'apporter ta propre pierre à l'édifice de l'univers de ce forum et je ne peux que t'en féliciter. Continue sur cette voie, en restant dans notre univers sans t'interdire de l'enrichir à ta façon.

[Fiche validée !
Tu peux à présent poster dans les parties RP du forum et commencer à jouer.
Et maintenant, il est temps de voir comment tu vas t'en sortir dans notre univers...
Place à tes aventures !]
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Raoul

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MessageSujet: Re: Raoul    Jeu 12 Jan - 23:22

De quoi s'agit-il ?

Puisque précisions m'ayant été légitimement demandées, précisions voici.
Il s'agit d'un personnage secondaire potentiellement récurrent que je souhaite faire "compagnon" de Raoul. Ce dernier est très plaisant à jouer mais excessivement difficile de par son caractère. Il me fallait donc un faire-valoir pour m'ouvrir à d'autres opportunités.
En fait j'aime bien l'idée de jouer une ménagerie.

J'ai suggéré son affiliation au Gouvernement dans le petit passage d'introduction. Bien entendu, dans la mesure où ce personnage reste associé à Raoul, ce n'est pas vraiment un personnage sérieux. Comprenez par là qu'il ne bouleversera pas l'ordre établi outre-mesure, tant bien même il s'agirait d'un "espion" (au même titre que Raoul serait un "Puissant Conseiller").
Tout est relatif.

Guest : Aymeric Fréderic



Accroche

Noblesse, droiture, spontanéité.
Je me fraie mon chemin.


Les quais excentrés étaient particulièrement bruyants ce matin-là.
Celui que nous suivons n'avait pas été mis au courant, et ce quelque chose, c'est que ce jour était un jour un peu spécial. Juste un peu, faudrait pas non plus déconner. Un jour spécial qui arrive assez souvent : c'était le retour au port de la Fièrche, la fameux navire grand'cale "aux deux Capitaines", connus pour toujours réussir à se mettre d'accord. Le bateau en question, selon les dires de notre consultant Joe (dit "le Clodo") : "c'est une légende flottante : comme un vaisseau de guerre, mais en vaisseau de pêche."
Tout ça pour dire que c'était le bordel sur ce petit bout de quai. Une magnifique foule compacte qui embaumait un amalgame de pisse et de saumure.

Rigueur, vigueur, courage.
Pour l'Amour et la Justice.


Anonyme incorporé dans la masse anonyme, un homme pas plus étrange que les autres baguenaudait, imperturbable. On aurait simplement pu dire qu'il marchait ou qu'il faisait comme il pouvait, mais non... il avait un on-ne-sait-quoi en plus, pas tout à fait du même genre que celui de l'attenant crève-la-faim édenté.

"Aaaazi m'sieur mamoiselle ! Ma poisson il est fraîche ! Ma poisson ! Arr ! Deux liards un fich'ton, un liard deux fich'ton !"

Bien qu'il soit tout entier ouvert à ce monde hostile et inconnu, le beuglement inattendu ne fit pas sursauter l'anonyme baguenaud. Plus attentif, plus lettré, il se serait rendu compte combien cette tirade était bien plus qu'une diarrhée agressive, que c'était un bijou de typicité, un de ces trésors cosmopolite qui font la fierté des nations.
Mais non.
Tant d'indifférence, il faut avouer, froissa ce crieur à qui on la fait pas.

"Arr biqueteau ! Y vou'que perturbe mes engins ?"

Avec Charisme, il réussit à répondre en se retournant, à passer pour le passant ténébreux et sympa :

"Non Monsieur."

Comme sus-précisé, il est imperturbable.
Sans merci et péremptoire, il ne laissa aucune ouverture au péquenaud. Il s'éclipsa alors, mais sans bouger, il y avait bien trop de monde pour qu'il le puisse. On va dire qu'il s'éclipsa de la conversation.
Il reprit alors très lentement son petit bout de chemin, le vendeur de poiscaille le dévisageant sans trop savoir quoi dire.

Donne l'impression de savoir où tu vas.
Tu sais où tu vas. Tu vas où tu vas.


Plus tard, il était encore dans cette foule. Et encore un peu plus tard, il fut ailleurs, plus loin sur les quais.
Il était bien trop concentré pour être énervé. Sa mission était bien trop importante pour qu'il n'y pense pas. Et sa mission justement, c'était de ne pas y penser... à sa mission.
Tout cela est bien compliqué.
C'est un infiltré, il faut qu'il soit naturel.
Son arrivée s'était faite sans encombre, du moins vaguement. Mais c'était sans compter cet instant précis. Il n'avait pas fait attention, il n'en avait rien à foutre.
Mais c'était trop tard, l'irréparable avait été commis.

"Enfoiré. T'es qui ?"

La bitte qu'il venait d'enjamber cachait un seau d'eau sale. Malencontreuse coïncidence, il y avait quelqu'un à quatre pattes qui brossait le pavé. La victime ostensiblement crade et trempée se releva et s’érigea devant lui, passablement énervée. Un type torse nu, tout sec, à la peau plus rose cramé que tannée, aux cheveux d'un blond infâme. Il laissa glisser son attirail dans l'eau, sans vraiment chercher à le retenir.
Son calme sinistre, son silence impénétrable, sa dégaine de sauvage, il était vraiment intimidant.

"Enfoiré. T'es qui ? répéta-il exactement sur le même ton.
- Toi d'abord."

Coup de poker risqué, de la catégorie des subterfuges interractionnels mineurs.
Les deux champions se dévisagèrent. L'intelligence très latente de la victime s'abandonna à l'esprit roué de son adversaire.

" Raoul.
- Hum, moi aussi, c'est Raoul.
- T'es quoi ?
- Comment ça je suis quoi ? Je ne suis ni étranger ni espion. Et toi... tu es quoi ?
- Raoul.
- Ouais, moi aussi.
- Je suis docker.
- D'accord. Moi aussi, je suis docker."

Silencieux comme une ombre, calme comme l'eau qui dort.

Le blond haussa les épaules et se jeta dans l'eau. Une fois de plus, la nage du chien avancée prouva son efficacité. Il remonta ses affaires à l'ancienne, avant de se remonter lui-même. Les passants qui réceptionnèrent plutôt mal le seau et les brosses le gratifièrent de chaleureux "Va crever bâtard !" et "Putain de consanguin !".
Comme si c'était humainement faisable, il trouva ses prises sur pavage vertical vaseux et se hissa sur le quai, l'air de rien. Enfin, pas tant que ça. Ce que les autres trouvaient répugnant, il trouvait ça légèrement incommodant. Prendre un "bain de port", ce genre de trucs. Et ce n'était pas tant la douce fragrance d'iode et de moisi qui le dérangeait, c'était que sa peau qui se mettait à cramer quand il faisait bien soleil.
Comme les animaux, il apprend parfois de ses erreurs.

"Faut passer de la vraie eau. Je vais brulet sinon."

Le brun accompagna le blond, le regarda stoïquement essayer de se laver dans une sorte de bassin en pierre polie, à poil, dans un coin plutôt fréquenté des ménagères. L'exhibitionniste attira vaguement l'attention des curieuses. Ça devait être vaguement normal de le voir débouler. Juste vaguement, parle qu'il se fit un peu incendier.
C'était le fait qu'il ait un acolyte qui était étrange, propre sur lui de surcroît.

Cet acolyte, il l'emmena travailler avec lui sans que ni l'un ni l'autre ne se posent de questions.
Si Raoul était Raoul, il ferait ce que Raoul ferait.
Tout comme les problèmes, la journée ne faisait que commencer.

Description

Comme son acolyte, ce connard-ci a un de ces charmes pas vraiment de chez nous. Un petit côté typé, mais pas tout à fait de la même latitude, ni de la même catégorie.
Si le tout Clavinia s'est accordé pour dire que le premier était un simplement une charogne, cette version ne fera pas vraiment l'unanimité. J'en suis sûr. Je dois être le seul à ne pas être rentré dans son petit jeu.
Ça brasse beaucoup en ville, on ne retient pas les têtes de tout le monde. Mais il y en certaines qui peuvent nous taper dans l’œil, surtout si on les croise souvent.
Sûrement serez-vous amenés à le dévisager si vous trainez sur les infinis quais. Voyez par vous-même, il est bien trop propre pour être honnête, bien trop charmant pour être innocent, bien trop... Oui, enfin vous l'aurez pas compris, il n'a pas grand-chose d'un réfugié parasite.

Il a le port droit, toutes ses dents, le visage lisse et sans faute, le ventre plat. Son teint bronzé augure qu'il s'agit d'un poulet élevé en plein air. Il joue de ses muscles puissants quand il travaille, je suis sûr qu'il roule des mécaniques aux passants, je l'ai vu.
Il va faire de ma sœur une bougresse, j'en suis sûr.
J'en suis sûr.
C'est déjà l'heure se se lever.

Extrait des "Correspondances non épistolaires" de Lewis, Clavinien

Compétences

Physique (3) : Endurance (3)
Lame (2) : Base Offensive (2)
Agilité (1) : Souplesse (1)

_________________
Crédits Avatar : Lemon5ky


Dernière édition par Raoul le Dim 15 Jan - 0:04, édité 1 fois
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Raoul
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